• Quentin Perissinotto

Paris en fête


Dufy, La terrasse à Nice, gouache et aquarelle sur papier, 50,2 x 66,4 cm, 1940

C’est après avoir serpenté de vieilles ruelles pavées, ombragées par des murets grimpés de lierre, qu’apparaît comme par enchantement une bâtisse pleine de lumière. Adossé à flanc de colline, dominant le lac et se fondant dans le vignoble alentour, cet ancien bourg romain appelait au pittoresque. Pourtant, c’est une autre merveille qui s’y cachait : l’exposition Paris en fête du Musée d’art de Pully.


Prolongée jusqu’à fin juillet à cause du confinement, l’exposition fait revivre l’insouciance et la légèreté parisiennes de la Belle Époque et des Années folles. Ce sont tour à tour Steinlen, Toulouse-Lautrec, Vallotton, Van Dongen, Dufy et Chagall qui se succèdent pour faire vibrer avec une énergie folle les salles du musée au rythme des cabarets, des spectacles et du french cancan. Et toujours au rythme de couleurs fraîches, lumineuses et pastel ! C’est là une exposition rafraîchissante et acidulée comme un sorbet que nous propose le Musée d’art de Pully.


« L’affichomanie » à l'assaut de la capitale

Le XIXe siècle est marqué par l’alternance entre années de guerre et moments d’exaltation, « mais c’est la joie de vivre de la Belle Époque et des années folles qui s’ancrent dans les esprits et offre à la Ville Lumière une image libre, festive et bohème » comme le rappelle la directrice du musée Delphine Rivier. Tout juste modernisée par les importants travaux du baron Hausmann, Paris connaît une effervescence sans précédent. Et c’est précisément dans cette atmosphère-là que s’empare de la capitale une nouvelle folie : « l’affichomanie ». À l’instant de Toulouse-Lautrec et Vallotton, de nombreux artistes s’emploient à faire la promotion graphique des nombreux spectacles et divertissements qui animent Paris. L’offre devant toujours plus pléthorique, la concurrence entre les cabarets fait rage et les vedettes du spectacle n’hésitent plus à mandater de grands illustrateurs pour assurer leur promotion : c’est la naissance de la publicité moderne. Mais loin de se cantonner à ce rôle accessoire, l’affiche devient rapidement un objet à part entière et fascine pour ce qu’elle est : le témoignage de son époque et de son industrialisation naissante.


Kees van Dongen, Thé au Casino de Deauville, huile sur toile, 92 x 73 cm, 1920

Le Paris chic de la Belle Époque 


Quelques salles plus loin, sous le craquement délicat du parquet se pavanent d’élégantes silhouettes, richement ornées et fardées : c’est le Paris chic de la Belle Époque. Le calendrier mondain de la haute bourgeoisie française se partage entre la villégiature provinciale, l’été, et la saison parisienne, l’hiver. Des lieux comme Deauville ou encore Nice se retrouvent propulsés sous les traits de pinceau de Dufy ou Van Dongen, qui suivent les élites mondaines pour saisir sur le vif ces nouvelles scènes. Ainsi, tout au long de sa carrière, Dufy n’a de cesse de peindre les loisirs qui rythment le quotidien de ces bourgeois. Avec ces scènes balnéaires, sa palette se gorge de teintes plus franches, plus aérées et plus vibrantes. Les formes géométriques se font aussi plus simples et épurées. C’est tout un air de brise marine qui semble flotter sur les peintures accrochées ici à Pully.


Célèbre portraitiste mondain de la Belle Époque, Paul César Helleu représente les plus belles femmes de la haute société à la pointe sèche et se fait rapidement une solide réputation, en France comme aux États-Unis.

Les derniers voiliers de Dufy passés, on quitte l’étage pour rejoindre la seconde partie de l’exposition, au-dessus, consacrée au lien entre art et littérature à cette époque. Si les premières salles mettent en lumière le renouveau de l’estampe et de la gravure, désormais en couleurs, c’est surtout une salle à la collaboration bien particulière qui attire l’œil : sur des murs entiers se déploient les épisodes d’À la recherche du temps perdu illustré par Van Dongen. Mandaté en 1947 par les éditions Gallimard afin d’illustrer une luxueuse édition de la Recherche, Van Dongen met ainsi en scène le monde délicieusement décadent des Années folles au travers de 77 aquarelles.


Après une dernière salle consacrée au poème Liberté et au couple Éluard-Nush, l’exposition Paris en fête ferme ses portes. Elle porte haut les couleurs de ce « Gai Paris » et le faire reluire de mille feux, tant les surprises vont au gré de la visite. Et elle confirme bien une chose : que ce sont les expositions que l’on n’attendait pas forcément qui se révèlent les plus exaltantes.


À noter encore la très bonne et réjouissante idée de proposer la visite de l’exposition dans un cadre virtuel, pour ceux qui n’auraient pas l’occasion d’y aller : https://www.museedartdepully.app/pef/

Paris en fête

Musée d’art de Pully

Chemin Davel 2

1009 Pully

Exposition à voir jusqu’au 27 juillet 2020

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